Ecrire en ce printemps 2020

Les mots

Consigne n°1 le 16 mars 2020. Vocabulaire du jour.

 

 

Faites l’inventaire des mots lus, entendus, prononcés depuis le début de l’épidémie.

Aussi les mots qui vous viennent, qui remontent d’ailleurs, des évocations personnelles, des idées.

Juste les mots, écrits en ligne en colonne en vrac.

Parcourez votre page, relisez-vous à voix haute, chantez ou slamez cette liste … 

Choisissez en un, faites en le sujet d’un texte * d’une page max (1500 signes), au présent, à la première personne du singulier.

 

LES GENS   Anissa S. Essonne Viry-Chatillon.

 

Virus virulent qui stresse les gens

Virus inconnu qui met les gens à nu

virus qui étrille mais qui réunit la famille

À quand les retrouvailles avec le printemps?

Personne ne le sait, pas même les gens 

 

CONSIGNE VOLAGE  Claude C. urbaniste, illustrateur. Hauts-de-Seine.

Hier soir, le coronavirus est entré chez moi comme un voleur,

il cherchait .......................... .

Je me suis levé du lit et j’ai commencé à chercher avec lui.

Consigne: remplissez le vide, poursuivez l’histoire.

 

 

PETROLEUSE    Claude L. Artiste, comédien. Sarthe

Confinement   Ministre (s)   Pangolin   Complot   Chinois   Election  Santé   Ausweis   Solidarité   Sanitaire   Panique   PQ   Chauve-souris Distanciation sociale   Masques   Gant

La cinquantaine, elle a tout vu, elle sait tout. Devant moi, elle attend son tour.

Son caddie est plein bourré, tellement bourré qu'il dégueule les produits de grande consommation grappillés dans les rayons.

Se tourne vers moi, capte mon regard.

 

Moi : (…)

Dame : Y a trop de monde!

Moi: Pardon ?

Dame : Sur la planète, il y a trop de monde !

Moi (…) regard de bovin poussif sur un train passant dans son décor.

Dame : C'est le pétrole !

Moi : ? (…) Comment cela ?

Dame : Tout est en plastique et le plastique c'est du pétrole c'est le pétrole qui dirige le monde !

Moi : ? (…) Quel rapport entre le coronavirus et le pétrole ?

Dame : Je sais ce que je dis

 

Je ne dis plus rien.

Dehors, de l'autre côté de la barrière des caisses, le vigile qui tente d'empêcher les gens de rentrer dans l'hypermarché. La panique gagne au fur et à mesure que le PQ manque.

Tristes instantanés d'une survie non programmée.

 

 

EN AVANT   Ella L. Account Manager. Londres

Aujourd’hui je vais prendre le métro.

Cela m’est obligatoire car je suis au point A et je dois me rendre au point B dans une heure exactement.

C’est particulier comme cette action que je fais tous les jours me paraît aujourd’hui comme un grand risque. Alors qu’au final je vais juste dans quelques instants rentrer dans un wagon. Le même qu’hier, peut-être en revanche plus le même demain.

Ça y est j’ai fait glisser mon premier pied dedans, puis ma jambe, mon bras, et ma tête. Mais quelle surprise de voir qu’il y a autant de place autour de moi.

Je sais que mon trajet va être long, et que je dois choisir entre m’assoir ou m’accrocher à la barre. Car malgré mes cours de yoga, je ne tiens toujours pas debout quand le chauffeur décide de stopper la machine.

Me voilà donc assise, un livre à la main et j’apprécie ce moment. Ici mon téléphone ne sonne pas et je peux enfin finir ce dernier chapitre sans être interrompue. Je regarde ma voisine d’en face et elle me sourit comme si sans se connaître nous étions sur le point de vivre la même aventure...

J’entends le signalement de mon arrêt et comme pour rentrer dans le wagon, je glisse mon pied, puis ma jambe, mon bras et ma tête dehors.

Me voici à l’air libre, avec tout ce que cela engendre : le bruit des voitures, la foule sur les trottoirs, mon téléphone qui sonne, et la pluie.

Et si, au final, je n’étais pas mieux au chaud assise à lire les dernières pages de mon chapitre ?

 

 

L'ENFANT  Isabelle F. artiste art-thérapeute. Loire Atlantique.

J’ai sept ans et je m’ennuie.

Il faut rester à la maison, rester à la maison, j’ai compté 452 pas à faire de l’entrée à la cuisine à ma chambre aller-retour et je recommence dans l’autre sens mais je m’ennuie.

Pas d’école, on a tous crié des mots drôles quand la directrice a dit ça.

On reste chez nous mais il pleut dehors c’est pas les vacances et puis ils ont un drôle d’air c’est bizarre j’ai un peu peur.

Dans la maison ça hurle beaucoup, lui il m’embête tout le temps ! Il est trop petit comprend rien met ses jouets idiots partout dans le passage.

Elle ma sœur, faut pas trop aller la voir elle pleure, elle fait les yeux noirs elle se roule en boule.

Tout le monde se bouscule dans les pièces mais quand j’ouvre la fenêtre c’est trop bizarre. Il n’y a plus un bruit et la rue, c’est plus la rue c’est…plus rien. Ma maquette-ville de Playmobil sans les personnages !

Je m’ennuie, mais pas comme d’habitude. Les parents sont là tout le temps. J’aime bien, maman me câline. Mais elle regarde ailleurs et elle fait trop de gâteaux. La cuisine en peut plus, ça sent trop tout le temps bon ! Elle a décidé de me tricoter un…un quoi ? J’ai peur, c’est ‘vert printemps la laine’ qu’elle dit mais j'en veux pas même pour trainer ici. nan, dans la maison je mets mon sweet doudou, ça suffit bien on voit personne, pas la peine de le laver. Il y a M. Pokora dessus lui il me comprend.

On va devoir attendre l’été j’ai entendu. Attendre quoi, l'été quand?

Hier on est allé chez le boulanger. On s’est préparé comme si c’était la première fois qu’on voyageait, comme si on risquait un machin grave, comme si on allait rencontrer BrighBurn ! Il a fallu donner un papier au gendarme, comme à l’école quand on est absent.

...Ils ont un carnet de correspondance les parents maintenant ?

Tout le monde s’écartait d’eux mais je m’en suis bien aperçu, c’était de moi qu’ils s’éloignaient le plus fort.

(à suivre) 

 

CINQ ANS   Isabelle R. Paris 12ème

J’ai 5 ans. J’ai la varicelle. Je me souviens de la fièvre, du gant de toilette posé sur mon front par ma soeur.

Je me souviens de mon inquiétude ; le médecin a parlé des femmes enceintes, du risque pour l’enfant à naître. Ma mère m’explique.

Alors dans la rue, je regarde les femmes.

Je regarde leur ventre. Je m’inquiète de ma contagion.

Je suis au balcon et je regarde mes copines. Elles jouent dans le parc ; je n’ai pas le droit de sortir jouer avec elles. Je suis confinée.

Je joue, je dessine.

J’ai 5 ans. 

 

CONFINEMENT   Isabelle R. Paris 12ème

Oh là là !! 15 jours ? Plutôt 1 mois !!

Rassemblements interdits

On commence à se mettre aux fenêtres, aux balcons, aux vélux et à 20h, chaque soir, applaudir pour soutenir le personnel soignant

Ne pas se toucher le visage, le nez, les yeux

Attestation de déplacement dérogatoire obligatoire

Volcan de la Corona, à Lanzarote. Les nuages forment une couronne à son sommet. Le 6 mars, nous randonnons sur les flancs du volcan ; le 7 mars, retour à Paris : le stade 3 de l’épidémie est imminent

Internet pour l’école à la maison ou télétravailler

Ranger, trier, classer. Les livres, les papiers, les vêtements, les photos

Urbi et Orbi ; « Dans la ville et par le monde », propagation

Saturation des services d’urgence