Ecrire en ce printemps 2020

Semaine, suite J+7. Le temps étiré

 

LE TEMPS D'UN RIEN.  Alice L. Métier de bouche. Seine-Saint-denis

Troisième semaine de confinement. Depuis, une routine s’est doucement installée. La semaine n’existe plus. Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche. Des mots très peu prononcés ces derniers temps. Maintenant chaque jour compte, chaque jour change et se ressemble en même temps.

Elle commence par éteindre son réveil. Réveil qu’elle tente de mettre chaque matin plus tôt. Réveil qui l’incite à s’endormir chaque jour un peu plus. Debout, descendre l’escalier, direction la cuisine, petit-déjeuner. Compote, céréales et café on ne change pas les bonnes habitudes du passé.

L’essentiel - qui guidera sa journée, fractionnera son temps, et assurera des/ses/les activités - est de commencer par faire « la petite liste à cocher des missions de la journée ». Objectifs quotidiens : Ranger cuisine et salle de bain Lire un chapitre d’un livre pour se cultiver. Lire sans contrainte son roman préféré. Sport, yoga, méditation. Litière, poubelle et coup de savon. Un peu de télétravail et d’écriture. Dans son ordi, dans son carnet ou sur les murs (euh.. non). Choisir à qui téléphoner ? Parce que tout le monde, trop compliqué.

Sacré programme ! Elle choisit donc chaque matin toutes les activités qui vont ponctuer sa journée. Pour ne pas se laisser aller et même sur place, avancer. Ce qu’elle retient, elle nous le dit : « Dans ma vie bien remplie, plutôt stressante, je n’avais plus de temps. Plus de temps pour moi. Et désormais je me retrouve, confinée avec moi-même. Enfin, je prends conscience ou plutôt, je prends le temps de prendre conscience, de l’importance de s’accorder un petit moment à soi, précieux, chaque journée. Le temps d’un yoga, le temps d’une méditation. Le temps d’un écrit, d’une lecture. Le temps d’un rien. Tous ces moments qui nous apprennent à définir nos importants.

Et puis passer ce temps, j’ouvre les perspectives.

Il ne s’agira pas de tout reprendre comme avant dès la fin du confinement. La nature nous montre le chemin. A nous d’en prendre soin. »

 

OOOOKEEEEY  Mathilde K. Sculpteur. Sologne

Première semaine complètement lisse.

Pas de problème. Pas de pensées effrayées. Elle était au fond complètement indifférente.

Ah bon ? A cause de ce virus il faut se confiner ?

Ben, Elle n’a jamais aimé obéir. Et encore moins à ce chef d’Etat si peu dense, cette voix apprêtée. Cela ne la concernait pas. Elle ricanait même. Elle ira parfaitement là où elle aura envie d’aller.

Elle ne mettra personne en danger, vu qu’elle n’approche que ceux ou celles qu’elle connaît et qui sont en bonne santé. Elle n’est pas idiote ! En plus, elle avait envie de sortir de Paris sortir de ce brouhaha…

Quel consensus encore une fois ! Dès qu’elle ouvrait la radio, un seul thème. Même les philosophes s’en mêlent. Les intellectuels ! Elle s’en moque.

Mais là viennent les appels alarmistes de ses enfants. N’est- elle pas déjà infectée ? Elle est asthmatique ! Elle est de la catégorie des fragiles ! lui dit-on. Dans la maison, sur le palier, elle entend les mots, les mêmes. Pandémie. Virus, fièvre, guerre.

Un autre voisin s’en mêle : Peur, postillon, crachat. Spaghetti, lait, conserves, Bio, masque.

Une autre porte s’ouvre : Hôpital, grand-père, Chine, exclu, Fragile, poumon.

Néanmoins elle dormait très bien en cette première semaine. Elle n’a aucune peur. Elle ne s’intéresse pas. Revenaient les appels catastrophés des enfants après une moitié de semaine tranquille. On lui faisait la leçon.

On l’exhorte de s’enfermer, de se munir de masques, de gants, de lunettes. Du produit pour les mains surtout. Elle en a un vieux petit flacon.

OK disait-elle au téléphone, en tirant longuement sur les syllabes, pour montrer sa reddition : ooookeeeey.