Ecrire en ce printemps 2020

CETTE SEMAINE

Racontez, si possible à la troisième personne du singulier, votre semaine de confiné(e).

D'abord de toutes petites phrases, des infinitifs etc...des retours à la ligne en listant tout ce que vous avez fait, pensé, senti.

Puis poursuivez en développant l'un de ces moments, identifiez un thème sur lequel il vous tiendrait à coeur d'écrire, que cette semaine particulière, jamais vécue, a fait émerger. Ecrivez librement ou sous la forme du monologue intérieur (écriture de la pensée, se parler à soi-même).

 

 

JOURS AVEC FAIM. Claude L. Artiste-comédien. Sarthe.

 

Jour 1. Mardi. Ça couvait. La télé lui a dit. Les réseaux aussi. Même le Président, qu'il connait bien, pour l'avoir vu dans le petit écran, lui a envoyé un SMS "reste chez toi !"

Sieste. Pâte à la Carbonara. Lecture.

Jour 2. Mercredi. Il va faire ses courses. Une déclaration sur l'honneur, vite fait manuscrite, "Je vais faire mes courses !" Datée, signée. Chez son épicier, une queue à faire rêver toutes les pucelles d'Orléans. Tant mieux pour le petit commerce. Sieste. Bœuf carottes. Lecture.

Jour 3. Jeudi. Coups de téléphone de la famille. Poker. Sieste. Ballade dans le jardin, comme d'habitude. Ecriture. Raclette. Lecture.

Jour 4. Vendredi. Ausweiss Il va chez sa boulangère. Elle a installé un pare-brise en plexiglas. Il rencontre une épicière d'un bled à coté. Spécialisé dans le Bio. Il faudra qu'il approfondisse le contact. Il se demande si confinement et solidarité ne vont pas de paire. Sieste. Ballade dans le jardin. Steak haché œuf à cheval. Lecture.

Jour 5. Samedi. Il nettoie les vitres. Un film : the lost city of Z. Superbe. Sieste. Un petit tour dans le jardin. Terrine de blancs de poulet en gelée avec des rosés des prés citronnés. Lecture.

Jour 6. Dimanche. Le jour du seigneur. Il s'en fout, il est athée. La famille au bout du fil. Il a envie d'aller pêcher. Sieste. Il va voir l'état des fruitiers. Il espère que ça va mieux donner que l'an dernier. Quiche lorraine. Lecture.

Jour 7. Lundi. Il s'aperçoit qu'il est confiné. Peut-être l'était-il déjà avant. Ça ne change rien à ses habitudes. Sauf les bouffes avec les potes. Sieste. Ballade dans le jardin. Il va falloir qu'il retape son poulailler. Soupe de potiron aux orties. Lecture. La seule chose qui semble changer autour de lui, c'est l'entraide et la solidarité entre les gens. Personne ne se touche, et tout le monde en a envie. Tout le monde se parle chez les commerçants. Une nouvelle phrase revient souvent "Prenez soin de vous !" Le confinement génère de l'empathie. Les gens se sourient, se regardent, s'aiment. Il aura fallu un virus pour faire renaître la notion de groupe, la prise de conscience de la grégarité de l'humain. À ses yeux ce qui a changé c'est qu'on est passé du "chacun pour soi !" au "chacun pour tous !"

 

 

PAPIERS S'IL VOUS PLAÎT Isabelle F. Artiste géographe, art-thérapeute. Loire Atlantique.

Il est fou de constater que le temps répétitif s’accompagne d’une certaine amnésie, salutaire. Comme si une patine se déposait sur les crêtes de nos heures égrennées. La semaine 1 ? S’en souvenir dans le bon ordre relève de l’épreuve d’endurance, interdite aujourd’hui au grand air. Confinement, enfermement, stigmatisation, concentration… ferme tes grandes mâchoires la mémoire d’avant-hier, demeure confinée au plus profond de nos cellules . Mémoire,  décrètons que ton droit de sortie se résume à une seule marche quotidienne au bras de nos pinceaux,

nos stylos,

nos rouleaux… de papier, de tissu, de billets inutiles conservés d’un périple lointain à un autre, reliques malicieuses ou espoirs d’un Futur voyageur.

Papiers, toiles, tissus. Soins de support. Schmattes, lederz . Imprimés, griffés par nos plumes, par nos doigts, conjuguant la pérennité du palimpseste et la fugacité du papier de soie.

Papiers, fragiles supports de l’essentiel *.

Danser sur eux, le jour de nos retrouvailles. Tous ces mots dits exploseront dans un carnaval païen, le noir et blanc sophistiqués auront raison de toutes ces couleurs sursaturées bombardant nos écrans, sans évoquer le drap funeste  ou le sombre de nos pupilles au silence de nos nuits.

Danser sur eux. Seules la musique et la plante de nos pieds nus, sans crainte salis par la terre des rues, frapperont de leur empreinte les traces d’aujourd’hui.

Pierre-Marc de Biasi

 

 

DE LUNDIMANCHE à SAMEDIMANCHE   Paul L. Auteur-compositeur-interprète, ingénieur du son. Gironde.

Lundi, début d’une première semaine de confinement. Il est chez lui, en attendant des nouvelles de sa femme encore au travail,  l’entreprise ne veut pas encore fermer. Il est en colère contre eux.

Comme à son habitude, il commence la journée par répondre à ses mails urgents, essayant de faire avancer son boulot à distance, chose qu’il a appris à faire depuis quelques temps.

Jongler de mails en mails sur diverses sujets, échanger sur une nouvelle idée créative, une idée stratégique pour promotionner sa musique (son travail est musicien, chanteur plus précisément), ou établir un planning constructif et réaliste.

Midi, sa femme l’appelle, l’entreprise ne change rien!

Il faudra attendre le mardi matin pour apprendre que c’est son dernier jour avant la fermeture jusqu’à nouvel ordre. Jusqu’à ce que le monde se remette à tourner.

Peut être d’ailleurs qu’il nous tournera plus dans le même sens, qu’il faudra réapprendre à y trouver son équilibre.

Mais il finira par se remettre à tourner.

Les images des JT, les chiffres grimpant, toutes les théories possibles sont à la portée de nos yeux, de nos coeurs, et le stress qui grimpe aussi en ce début de semaine. Mais le confinement à deux est un moyen de s’évader, plutôt agréable, se retrouver, enfin, sans pression à part trouver du papier toilette.

C'est l’opportunité de se poser un peu ensemble, faire des activités, créer, cuisiner, dialoguer.

Donc ce confinement n’est terrorisant pour le moment.

Et pour ne pas que les semaines soient une succession de dimanches (lundimanche, mardimanche, mercredimanche, …) Il décide de se donner un rythme dès le départ: une heure de sport tout les matins,  envoyer ses mails, consacrer les après-mids ià la création,  composer de nouvelles musiques, écrire de nouvelles chansons.

Seul ou à deux. Ils ont la chance de partager cette passion également.

Sans compter les bons petits plats qu’ils se concoctent tout les jours.

Ayant la chance d’avoir un petit jardin qu’ils n’utilisaient que très peu parce que l’hiver les en empêchait, ils l’ont remis à neuf, à coup de balais, de sécateur et d’aménagement de jolis petit mobilier. C’est là son nouveau bureau d'extérieur, accompagné par les oiseaux, comme des collègues un peu bavards mais plutôt inspirants.

Il se détache aussi du flux d’infos concernant ce foutu COVID-19, pour ne pas saturer et ne penser qu’à ça. ça lui fait du bien.

Il pense à tout ceux qui sont dans l’obligation de travailler, ces héros du quotidien, le personnel de santé, les caissiers, tous ceux qui font en sorte que nos assiettes puissent être remplies dans ces vies confinées. Quel courage il faut en ce moment pour travailler dans ces domaines !

Ils ont aussi inventé d’autres manières de communiquer avec leurs amis, en organisant des « Visio-apéros », assez rigolos finalement.

Donc cette première semaine? Elle s’est plutôt bien  passée, le rythme est donné, les bonnes habitudes ont commencé. Ne pas trop penser au temps que cela va prendre et se réinventer chaque jour se dit-il. Ne penser qu’au présent, puisqu'une autre semaine vient.