Ecrire en ce printemps 2020

LES SONS

Visionnez le lien FB ci-dessous.

https://www.facebook.com/groups/1631012913794102/permalink/2600248663537184/?sfnsn=scwspmo&extid=bJXceiozLgci8rxV

Installez-vous aux différentes fenêtres et portes de votre maison. Prêtez l'oreille. Notez tous les bruits, bribes de paroles, tous les sons entendus. Perçus, de près, de loin, de toutes sortes, dehors, dedans...

Laissez filer le temps, fermez les yeux et commencez une histoire à partir de cette bande-son improvisée. Des images, un souvenir, une sensation connue ou non, un lieu lointain...racontez .

A la première puis à la troisième personne du singulier dans le genre que vous choisissez (il, elle).

(Aux artistes sonores, musiciens, compositeurs : enregistrez et transformez la bande-son telle qu'elle vous inspire dans l'air du temps. Transmettez sur youtube)

Source: Géophonie et territoires sonores. Gilles Malatray  http://transcultures.be/?team=gilles-malatray

 

 

SONS SANS SON. Claude L. Artiste-comédien. Sarthe

Nuit, souris, plafond : tap, tap, tap, tap, tap, tap…. Nuit crapauds : Bip, bip, bip…Bip ! Tout petit matin, mésange : Puitt, puitt, pillou puitt… Interrupteur : tack. Poignée de porte : clang couine, clang. Pas dans l'escalier : Pocl, pocl, pocl… Bouilloire : Frlrlrlrlr… boumboudoum.

Salle de bain : (radio) Blabla zident, blabla vide dizneuf, blabla lidaire, Blabla finé… (lavabo) : Flflflflflflfl, frotfrotfrot, rakatepeuh, guerguele guerguele, rakatepeuh (douche) : Fhrohhhhhhh. Thé : Gloup, gloup, gloup …. Mmmmmm !

Bureau ordi : Tic…Boudoum boudaaaaaa. Fenêtre : calang ! Oiseaux : Piyou ! Croah, croah ! Poui, poui, poui ! Moto très très loin : Vrouuuuuuuuuuuuuummmmmm ! Avion de chasse : FFiissssss Sukutuhhhh Oiseaux : Coucou…Coucou…Vi ! Vi ! Pupuce : Gratt, gratt, Gratt. Brise : Oufhfhfhfhf… Voiture (démarrage) : ie, ie, ie, vroummmm.

Boulangerie : Bounou ! Deux guettes ! À ouar !

Voiture (retour) : Crrrrrr. Graviers : Crost, crost, crost ! Poêle : Dong. Friture : Fricrifricrifricri. Beefsteak : Miom, miom, miom ! Musique : ouabedou ouap, bedou, ouap. Jardin : Ffffffff, iou, iou, flap, flap, meuh, meuuuuh, Bêêêêêê, flap, flap, Fffffffffff….. Frigo : wop ! Soupe : Mmmmmm ! Lecture : …. Nuit : Ronflllll, ronflllll.

Il venait de passer une journée de plus en confinement sanitaire. Il aimait écouter tous les bruits du silence. Pour lui, le confinement c'était la liberté de l'oreille. Il était certain qu'il en ferait une bande dessinée, un jour. Ou pas….

 

 

LES SOLISTES du MONDE EXTERIEUR

Paul L. auteur-compositeur-interprète, ingénieur du son. Gironde

Cela faisait longtemps que les oiseaux n’avait pas chanté aussi fort. Que leur dialogue n’avait pas été aussi intense.

Qu’est ce qu’ils peuvent bien se raconter maintenant qu’ils ont la parole et que de moins en moins de bruits parasites n’envahissent leur conversation ?

Peut-être rigolent-ils de nous, fraichement confinés dans nos maisons ?

Peut être établissent-ils des plans de conquête du monde, pour reprendre possession de leur habitat ? Peut être répètent-ils  une musique sans fin qui berce nos journées et poétise nos vies numériques.

Une chose est sûre, ils nous aident à écouter l’essentiel. Entre les rires d’enfants dans les jardins et le vent qui vient caresser les arbres comme une nappe sonore pour lier le tout…

Ils sont les solistes du monde extérieur, qui rassurent nos intérieurs.

Ils me rappellent l’insouciance enfantine, la simplicité d’un son, d’un geste, d’une sensation, d’une odeur. Comme mettre ses mains dans les herbes hautes, regarder les étoiles pendant des heures, en rêvant d’un inconnu rassurant, qui veille sur nous. Notre monde les oublie souvent ces oiseaux, mais laissons leur la parole pendant ce confinement, ils auront sûrement plus de choses à nous raconter que ce que nous beuglent nos écrans. Qui sait, peut être que l’un d’eux veille sur nous?

Comme une bonne étoile, un bel oiseau.

Merci à vous, sources de rêves et d’évasion, chantez et volez pour nous, qu’on réapprenne à écouter les enfants qui sont en nous, qu’on réapprenne à écouter le monde qui nous entoure.

 

 

Le silence est d'or Thierry F. Conteur, journaliste-documentariste. Loire Atlantique.

Attendre. Ecouter.

Il a du mal à y croire. Il cherche à s’occuper. Il ne peut plus sortir de chez lui.

Il pense différemment qu’avant. Il pense que le silence peut être d’or si on sait l’entendre.

Espérer... Il marche le nez au vent. Il observe l’oiseau qui vient sur sa mangeoire.

Craindre. Ecrire. Il tente de se tenir au courant des dernières informations. Il pense que le silence peut être d’or.

Dès les premiers jours de cette période si inhabituelle,  tout est à l’arrêt. S’il y a quelque chose qu’il peut tout de suite remarquer, c’est le silence, relatif d’ailleurs.Un silence qu’il se décide à écouter lorsqu’il se promène seul.

Première impression, les bruits habituels provoqués d’abord par le trafic routier, deviennent si rares qu’il peut ressentir un sentiment d’étrangeté. L’univers aurait changé, comme après un orage, une tornade, un ouragan voir même une sorte de déluge qui aurait lavé la planète de ses parasites. Comme ce que Noé, s’il a existé, a pu découvrir en sortant de son arche mythique.

Ensuite, il n’a pas seulement écouté, mais il a entendu les sons de la nature, comme peut-être jamais auparavant. Les oiseaux bien sûr, qui semblaient prendre la place qu’ils auraient souhaité avoir depuis longtemps. Leurs chants étaient plus forts, mais aussi paraissaient plus précis, mieux modulés. C’était un peu comme s’ils se moquaient des hommes et de leurs difficultés, eux dont des espèces entières disparaissaient à cause de cette humanité qui ne portait que très peu attention à leur sort.

Ensuite le vent, il entendait le vent bruisser dans les toutes jeunes feuilles des arbres, les premières, celles du printemps de cette année 2020 si différente des autres. Le vent rendait bien réelle une situation qui paraissait sortie d’un film catastrophe. Le vent rassurait, il amènerait la pluie, puis le beau temps à nouveau, puis encore la pluie, la succession immuable du printemps, en plus il était froid le matin, puis plus chaud l’après-midi, il donnait une sensation de permanence bien agréable car palpable, et le son qu’il faisait était un gage de continuité, d’éternité.

Enfin les bruits des fermes lointaines, eux aussi lui prouvaient que la vie continuait malgré tout, un peu comme avant le confinement. Il imagina, en les écoutant bien, le tracteur qui passe et repasse, les vaches qui meuglent pour se signaler les unes aux autres, le vague son d’une machine à moteur, tronçonneuse ou trayeuse. Tout ce qui rappelle le travail de la ferme, et Dieu sait si la présence paysanne rassure et donne une sensation de réalité au temps qui passe.

Voilà se dit-il, au bout de quelques minutes de marche, "j’ai entendu un autre monde, où la terre serait toujours ronde. Si je marchais les yeux fermés, est-ce que je sentirais le rêve ou la réalité, comme dirait Jean-Louis Aubert… il finirait comme la chanson par la réalité".

Cela lui redonna l’envie, envie de marcher un peu plus vite, envie d’écouter encore plus fort ces sons. Ces sons qu’il entendrait jusqu’au retour, jusqu'à la maison.