Ecrire en ce printemps 2020

CONSIGNE

L'ENTRE

Après avoir ouvert et visionné ce clip, commencez à écrire.

https://www.facebook.com/tomrosenthalmusic/videos/287642311884153

Sur ce mètre de distance exigé par précaution, sur l'espace vide qu'il laisse entre deux, sur la transformation du contact à l'autre. Comment remplacer l'accolade, l'embrassade, la poignée de main. qu'est-ce qui dans nos corps va signaler qu'une rencontre a lieu ? Le regard, le mouvement, un geste, la voix ? Prenez-le temps de revoir la vidéo, choisissez le couple qui vous touche le plus, regardez l'horizon, le paysage que ce mêtre entre eux deux permet de révéler au regard. Laissez aller votre plume, votre souris et votre inspiration.

Les phrases peuvent être courtes, sans verbe, très longues, interrogatives... Faites venir un horizon en fermant les yeux. Parlez-en à votre lecteur imaginaire. 

 

 

VILLES IMAGINAIRES. Claude C. Illustrateur, urbaniste. Hauts-de-Seine

CLAUDE CHAUDIERES.

PARENTHESE. Hélène C. Gironde.

Entre toi et moi

Entre toi et lui

Entre moi et vous

Entre vous et moi

 

Un vide, une distance, un noir,

Mais un regard qui comble

Mais un sourire qui en dit long

Mais un geste amical

Mais un baiser envoyé

Mais ……

 

Entre deux

Entre vu

Entre mets

Entre prise

 

Tu ne nous priveras pas

Tu ne gagneras pas

Tu ne nous empêcheras pas

 

Je

Tu

Nous

Vous

Ils

 

Trouveront une parade à toi l’ENTRE

Aucune barrière ne peut vaincre

L’amour, l’amitié, la bienveillance

 

L’ENTRE tu n’es qu’une parenthèse

Avant la Ré-Union

Sache le !

 

Mais tu nous auras aidé à une chose

Comprendre l’importance de tas choses

Auparavant

Faites peut-être par un certain automatisme

Sans en ressentir vraiment sa vraie valeur.

 

 

DE VOUS à MOI, UN MONDE. Isabelle F. artiste. Paris

Entre deux. Ce serait comme un matelas d'air, un oreiller un nuage, de l'impalpable. Comme dans les rêves de contes et de fées, une invisible voile flotterait entre nous et malgré nos désirs de paroles de gestes et d'effleurement, il serait impossible de franchir le sas de ce tissu tendu, ce mètre défendu.

L'espace vide s'ouvrirait, comme dans ces songes où l'on tombe sans jamais se heurter, aspiré nulle part. Entre-deux dense comme une forêt, comme tricotage au point de croix. Tu me vois je te regarde, pas toucher pas crier juste exister ensemble, saluer cet instant de notre rencontre, trouver un signe où s'accrocher. 

Seulement à ce moment là, danser.

Danser seul un minuscule mouvement, un balancé vers toi, un geste murmurant du fond des reins, à la pointe des pieds, à l'arrondi de l'épaule. Balance. Puis danser la cadence de l'écho, pulsation du dehors, l'horizon entre nous, chuintement de la vie, la vie. Et la valse en regards, sourires,  mots lents et rares. Uniques et silencieux.

Habiter le seuil.

 

ENTRE GUILLEMETS. Mathilde K. Sculpteur. Sologne

« Encore deux ou trois week-end et je viendrai à nouveau te masser les pieds, d’accord ? » lui dit-elle d’un ton enjoué. Il reste songeur et puis il lui raconte sa difficulté de ne pas pouvoir quitter sa chambre minuscule. Il est âgé, un peu faible, mais plein de feu quand même. Elle a réussi à arriver jusqu’à sa chambre au second étage de la Maison de Repos. Comment a-t-elle, sa nièce, bravé l’interdiction ? Mystère. Une histoire de médicaments. Mais sage, elle s’est arrêtée sur le seuil de la porte et sourit, heureuse. Elle est tout ce qui lui reste. »Comme tu ressembles à ta tante» murmure-t-il à moitié pour lui-même. Elle s’est accroupie sur le seuil et glisse une boîte de calissons par terre dans sa direction. Il parle plus fort à cause de la distance imposée. Quand il lève les bras en faisant un petit mouvement avec les doigts pour dire »entre guillemets », sa montre bracelet en inox, trop lourde du coup, glisse le long de son bras. Alors elle voit combien son poignet a maigri, et elle est attendrie. « Est-ce que tu manges comme il faut ? Je t’en prie Tonton, je veux voir une vraie bedaine quand je reviendrai ! Tu m’entends ?»

 

 

PERCEVOIR.  Paul L. auteur-compositeur-interprète, ingénieur du son. Gironde

Ressentir les éléments qui nous entourent, ensemble. Ainsi j’imagine nos liens, sans pouvoir se toucher, cet espace dilaté entre nous. Un vide, seulement visuel. Laissons place au sensoriel, pour combler ce soi-disant. Parce qu’au fond, c’est le même air que nous respirons à un mètre d’écart, le même vent qui vient caresser notre épiderme, la même pluie qui vient rafraichir nos esprits, le même ciel qui nous abrite et les mêmes oiseaux qui nous chantent leurs chansons rassurantes.

Prenons le temps de ressentir et d’observer ce qui nous lie, ces énergies circulant entre nous, défiant la distance « barrière ». Les barrières ne sont que mentales. Prenons le temps de nous regarder, de plain-pied, observer ce que l’on n'a peut être jamais pris le temps de voir chez l’autre, en face. Celui qui nous renvoie son regard en échange. Voyageons dans son iris, laissons nous emmener et faisons preuve d’imagination pour combler ce manque tactile. L’imaginaire est la seul échelle qui nous fera passer derrière cette barrière, le seul vaisseau qui nous emmènera ensemble, côte-à-côte, dans des contrées inexplorées. Un jour on pourra se reprendre les mains, se prendre dans nos bras, s’embrasser, câliner... Mais nous saurons percevoir ce contact sensoriel. Nous n’en serons que plus riche. Tels les alchimistes nous aurons réussi à faire, de ce vide, un tout.

 

 

INVENTER LE GESTE.  Thierry F. Conteur, journaliste-documentariste. Loire Atlantique.

Comment se positionner face à l'autre devenu risque. L'autre  vers qui va devrait aller l'envie, l'affection, le désir d'échange. Le besoin de se réassurer me semble présent à travers chaque posture du clip. Réassurer le lien ? Si l’on s'en rappelle,  le geste de serrement de main permettait à l'origine de vérifier que l'autre ne portait pas d'arme! Signal de paix pour vous assurer qu’un bout de chemin ensemble était possible.

Il était tellement habituel, avant (le Covid) de se serrer la main ou de s’embrasser. Il y a encore si peu de temps... Le 'Hug' venu d’Amérique permettait quant à lui de se serrer l’un contre l’autre , donnant le sentiment que l’on n’est pas seul, que l’on fait groupe capable de faire face à l’adversité. Les équipes de sports collectifs comme le foot ou le rugby se tiennent par les épaules pendant les hymnes, affirmant la communauté...

Comment retrouver ces rituels, inventer des gestes? Combiner comme les asiatiques le sourire et les mains jointes sur le plexus solaire, puis avec le poing fermé reprendre le check américain en signe de réconfort et de soutien ? Signe de ralliement ou de reconnaissance, simple comme bonjour...