Ecrire en ce printemps 2020

DISTANCE . MATHILDE K. SCULPTEUR J’aime beaucoup les meules de paille dorée qui recouvrent dès la fin de l’été les grands champs. Et chaque année cela recommence : On les voit partout en traversant les Campagnes, ces meules rondes qui roulent immobiles, là sur la terre, rasée et dorée elle aussi. Et elles m’émeuvent des fois jusqu’avoir des larmes aux yeux! Au fond il n’y a rien d’étrange à cela. Cela doit être l’effet du champ coupé avec ces volumes étranges…Il y a un Peintre, Claude Monet qui était fasciné par les mottes de foin qui avaient, au 18ème siècle une forme qu’on dirait plus sauvage que les grandes roues faites par des machines d’aujourd’hui. Mais Monet, touché par leur emplacement, leur façon de prendre la lumière, leur air habité, faisait sans doute aussi un peu d’anthropomorphisme et il en a peint plusieurs versions. Des critiques d’Art se sont penchés sur cette énigme. Si on s’arrête devant un champ pareil, et déjà les meules sont disposées dans un ordre qui nous est inconnu, il faut être calme et un peu méditatif, il ne faut pas parler, à peine respirer et voilà, il semble tout à coup que ce sont les meules qui commencent à murmurer. Parce qu’elles doivent garder comme nous la DISTANCE et elles conversent dans l’air du soir. En plein jour au soleil, c’est le silence, on entend plutôt les grillons et la paille qui crisse doucement. C’est beau le silence de Midi avec le soleil au zénith. Là où il peut arriver d’avoir une vraie douleur au cœur, c’est quand il y a une meule seule, tellement seule qu’il y a bien cent mètres jusqu’à la prochaine, ou bien il n’y en a même pas une autre en vue. La solitude de la meule immobile, géante, elle est terrible. Il faut alors la consoler et lui dire d'attendre des jours meilleurs.